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Ciel des Hommes

L'art de tomber avec panache sur une comète

traduction de Didier Jamet

paru le 12 novembre 2014

On peut classer les missions spatiales en trois catégories : les difficiles, les très difficiles, et les excessivement difficiles. Celle de Philae, l'atterrisseur de la mission Rosetta, est incontestablement à ranger dans cette dernière catégorie.

Pour fixer les idées, les survols de planètes sont difficiles. Après avoir traversé des centaines de millions de kilomètres dans le vide interplanétaire, l'engin spatial doit localiser une cible mouvante et la frôler à une vitesse relative de l'ordre de quelques dizaines de milliers de km/h tout en la mitraillant avec ses appareils de prise de vue.

Se satelliser est encore plus difficile. Aux étapes décrites précédemment s'ajoute une phase de freinage. Il faut manoeuvrer pour freiner, appliquer exactement la bonne force pour se retrouver en orbite sans risquer de rater sa cible ou de s'écraser à sa surface. Un faux mouvement, et vous finissez en étoile filante.

Quant à se poser en douceur, alors là, c'est très difficile. La meilleure preuve, c'est qu'en plus de 50 ans d'exploration spatiale, seuls six corps célestes ont vu un engin d'origine terrestre se poser à leur surface : Vénus, Mars, la Lune, Titan et les astéroïdes 433 Eros et Itokawa.

L'Agence spatiale européenne s'apprête à faire ce 12 novembre encore plus fort en tentant d'ajouter un septième membre à cette liste, et pas n'importe lequel : une comète, connue sous le nom de 67P/Churyumov-Gerasimenko.

Pour nous donner une petite idée de la difficulté, Art Chmielewski, chef de projet de la contribution états-unienne à la mission Rosetta, nous rappelle quelques faits : « La comète se déplace à une vitesse 40 fois plus rapide qu'une balle de fusil. Elle tourne sur elle-même, émet des jets de gaz et a prévu comme comité d'accueil pour Philae des rochers, des crevasses, des escarpements et peut-être même plusieurs mètres de poussière traitresse ! »

Rosetta larguera Philae à une distance de 22km de son objectif et sa trajectoire sera purement balistique, l'atterrisseur étant totalement dépourvu de système de guidage ou de propulsion.

« Contrairement à la plupart des précédents atterrissages historiques, où une reconnaissance poussée du terrain avait pu être effectuée comme sur Mars par exemple, Rosetta n'a découvert la comète que depuis un peu plus de deux mois » explique Claudia Alexander, responsable scientifique de la contribution états-unienne à la mission Rosetta. « Cela introduit un facteur de risque considérable. »

Rosetta est en effet arrivée dans les parages de la comète le 6 août 2014. Elle y a découvert quelque chose d'assez inattendu : le noyau a une forme très étrange, bilobée, qui la fait ressembler à un champignon monstrueux. Les deux lobes de quelques kilomètres de long sont liés par une jonction recouverte de rochers. Trouver un site d'atterrissage dans une telle configuration ne fut pas chose aisée.

Les équipes de Rosetta ont donc passé plus d'un mois à observer la comète sous toutes les coutures avant que les scientifiques, réunis pour l'occasion en France, délibèrent et prennent une décision.

« Aucun des sites envisagés ne répondait à 100% à tous les critères demandés » concède Stephan Ulamec, responsable de l'atterrisseur au Centre Aérospatial Allemand, « mais le J était clairement la moins mauvaise solution. »

Le site J, renommé depuis Agilkia, est une étendue relativement plate et dépourvue de gros rochers sur le plus petit lobe de la comète. Il est parfaitement éclairé pour assurer l'alimentation électrique de Philae via ses panneaux solaires et sera très régulièrement en vue directe de Rosetta qui récupérera les données transmises par Philae et les relaiera vers la Terre.

La descente de Philae vers Agilkia durera 7 heures, une attente interminable alors que Philae sera pendant ce temps à la merci du moindre jet de gaz en provenance de la comète.

Si tout se passe bien, Philae touchera le sol au rythme d'un marcheur et jettera ses harpons pour s'arrimer à la comète. Les 10 instruments qu'il contient, dont une foreuse destinée à recueillir des échantillons sous la surface, pourront alors débuter une intense séquence de travail de quelques heures.

« Cette comète est très différente de tous les autres corps célestes sur lesquels nous nous sommes déjà posés » insiste Claudia Alexander. « Poser Philae avec succès serait une incroyable prouesse pour l'humanité ! »

 

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Version française de Science@NASA
Auteur original : Docteur Tony Phillips
Crédit : NASA Science

La comète sur laquelle Philae va tenter de se poser aujourd'hui
Crédit : ESA

 

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