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Pourquoi il n’y aura pas de tsunami au Maroc le 25 mai 2006

article de Didier Jamet

paru le 22 mai 2006

Depuis quelques jours, Ciel des Hommes reçoit des milliers de connexions en provenance du Maroc, où s’est répandue une rumeur catastrophiste : un fragment de la comète 73p/Schwassmann-Wachmann 3 menacerait de tomber dans l’océan Atlantique le 25 mai, et d’y provoquer un gigantesque raz de marée auquel le Maroc serait particulièrement exposé. Rassurons tout de suite nos amis Marocains, c’est tout simplement impossible. Voici pourquoi.

La comète 73p/Schwassmann-Wachmann 3 a commencé à se briser en 1995. Si plusieurs fragments se sont bien séparés les uns des autres, ils continuent de se suivre à la queue leu leu. La comète n’a pas explosé en projetant des débris dans tous les sens ! Il aurait fallu une énergie considérable pour produire une telle dispersion, or la comète, qui n’est qu’une " boule de neige sale ", s’est brisée comme se brisent les glaçons lorsqu’on les immerge dans un liquide à température ambiante : avez-vous déjà vu un verre de jus d’orange exploser lorsque vous y plongez un glaçon ? Moi pas.

Pour mieux comprendre ce qui s’est passé, imaginons que la comète 73p/Schwassmann-Wachmann 3 soit un train.

Ce train spatial était initialement composé de 60 " wagons " solidement reliés les uns aux autres et lancé à vive allure. En 1995, certains " wagons " ont commencé à se détacher des autres. Mais ils sont restés sur leurs rails ! le " train " spatial continue sur la lancée, même s’il est à présent en plusieurs parties.

Maintenant me direz-vous, un train peut en cacher un autre : si aucun fragment visible ne semble menacer la Terre, peut-être que certains " wagons " trop petits pour être visibles pour le moment, et suffisamment grands pour représenter un danger, arriveront à la hauteur de la Terre lorsque celle-ci s’engagera sur le " passage à niveau ". Et c’est là que nous pouvons tous pousser un " ouf " de soulagement : cette année, et pour très longtemps encore, la Terre et la comète ne passent pas au même " niveau ".

En fait, si sur les simulations de trajectoire, on a l’impression que les chemins se croisent, c’est juste un effet de perspective. En réalité, lorsque l’orbite de la comète se superpose à celle de la Terre vue du dessus, la comète est à ce moment-là soit très " au-dessus " soit très " en dessous " du plan de l’orbite terrestre. Imaginez que vous soyez sur une passerelle passant au dessus de voies de chemin de fer. Vous voyez passer les trains juste sous vos pieds, mais vous ne risquez absolument rien ! c’est exactement la même chose pour cette comète. Et lorsqu’elle coupe le plan de l'orbite terrestre, elle est à plus de 10 millions de kilomètres de la Terre, soit 25 fois la distance Terre-Lune !

Pour conclure, une chose est certaine : les individus qui prennent la responsabilité de faire naître ce genre de rumeur sont au mieux des malades mentaux, au pire des pervers criminels, car en toutes circonstances, même en cas de danger avéré, c’est toujours la panique qui est la plus meurtrière.

Espérons qu’en l’occurrence la raison l’emporte, et que personne ne se tue sur les routes en voulant fuir un danger imaginaire.

 

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Image infrarouge prise par le télescope spatial Spitzer montrant le principe du "train spatial" formé par les différents fragments de la comète. Les queues de poussière des fragments pointent à l'opposé du vent solaire, et non pas à l'opposé du "sens de la marche". Le "vent" solaire, s'il a un effet sur les poussières et le gaz de la comète, est bien incapable de changer la trajectoire des gros fragments, qui tous suivents à la queue leu leu le même "rail" correspondant à la trajectoire initiale de la comète (la diagonale rouge de l'image), avant qu'elle ne se brise. Pour prendre une métaphore militaire, les fragments se déplacent "en file indienne", et non pas "en tirailleur", de front. Il n'y a strictement aucun danger de collision avec la Terre
Crédit : William Reach (SSC/Caltech), et al., JPL, Caltech, NASA

 

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