Et si la comète ISON croisait la route d'une éruption solaire ?

article original publié par Science @ Nasa
auteur : Docteur Tony Phillips
traduction de Didier Jamet
25 NOVEMBRE 2013

Les comètes ISON et Encke vues le 22 novembre.
Les comètes ISON et Encke vues le 22 novembre.

Crédit : NRL/SECCHI

Jeudi prochain, le 28 novembre 2013, la comète ISON s'approchera dangereusement du Soleil. Et si elle était frappée à bout portant par une éruption solaire ?

En 2007, les astronomes furent très surpris lorsque une éruption solaire frappa la comète Encke. Le satellite STEREO filma toute la scène, où l'on voit nettement une éjection de matière coronale frapper frontalement la comète et lui arracher la queue.

Le même sort pourrait attendre la comète ISON. En pire.

Le 28 novembre, la comète ISON traversera l'atmosphère solaire, ne passant qu'à un peu plus d'un million de kilomètres de la surface de notre étoile. Ce sera 30 fois plus proche que ce qu'Encke avait expérimenté en 2007, et dans un contexte où une éruption solaire est encore beaucoup plus probable.

Pourquoi ? « Pour la bonne et simple raison que l'année 2007 était proche d'un minimum d'activité solaire » répond Angelos Vourlidas du Naval Research Lab, qui participe à la campagne d'observation de la comète ISON. « En 2007, l'activité solaire était faible, alors qu'aujourd'hui, nous sommes non loin du maximum d'activité, et les éruptions sont beaucoup plus fréquentes. »

Une perspective qui ne laisse pas indifférent Karl Battams, un autre astronome du Naval Research Lab également impliqué dans la campagne d'observation d'ISON. « Si une grosse éjection de matière coronale frappait la comète ISON, elle ne ferait aucun mal au noyau, mais cela nous fournirait une opportunité d'étudier les formes extrêmes d'interactions qui s'établissent entre vent solaire et queues de comètes. »

Les éjections de matière coronale sont des nuages de plasma, des bris d'atomes précipités dans l'espace par les éruptions solaires. La matière ainsi libérée n'est pas très dense, formant une sorte de gaz qui ne peut certes pas faire voler en éclat le noyau d'une comète, mais qui en revanche peut influer sur sa fragile queue. Les queues de comètes sont en effet, elles aussi, des structures essentiellement gazeuses et diffuses, très légères, si bien que le résultat de leur interaction avec une éjection de matière coronale est assez imprévisible.

« L'éjection de matière coronale qui a frappé Encke en 2007 était lente, créant une faible onde de pression dans le vent solaire » fait remarquer Vourlidas. « Cette surpression a cependant suffi à arracher la queue d'Encke. Toute éjection de matière coronale qui frapperait ISON à proximité du Soleil serait probablement plus rapide, générant une onde de choc dotée d'un champ magnétique beaucoup plus intense. Franchement, nous ne pouvons absolument pas prévoir ce qui se passerait alors. »

La comète ISON est entrée dans le champ de vision du satellite STEREO A le 21 novembre. Il se trouve que la comète Encke y est également. À l'heure actuelle, les deux comètes se font gentiment secouer par le vent solaire, ce qui fait onduler leurs queues. Mais si le Soleil connaissait une éruption, les deux comètes pourraient se retrouver enveloppées dans la même éjection de matière coronale, ce qui les transformerait de fait en sondes spatiales naturelles de l'environnement solaire. Comme des manches à air réparties aux abords d'un aérodrome, elles fourniraient aux physiciens solaires une rare opportunité de voir la propagation d'une éjection de matière coronale en trois dimensions et d'en déduire sa structure interne.

La comète ISON passera au niveau de l'équateur solaire le 28 novembre, faisant face à une région du Soleil où se trouvent amassées de nombreuses taches solaires. En d'autres termes, comme le précise Battams, « Nous serons alors en pleine zone rouge pour des éjections de matière coronale. »

Toute la flotte d'observatoires spatiaux de la NASA sera mobilisée pour observer ISON faire le grand plongeon, ce qui inclue les satellites STEREO A et B, SDO, et SOHO, ce dernier opéré conjointement avec l'Agence spatiale européenne. Si une éjection de matière coronale frappe la comète, ils seront aux premières loges. « Ce serait un terrain assez inconnu pour nous » s'enthousiasme Battams.

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