Qu'est-ce qui a explosé au-dessus de la Russie ?

article original publié par Science @ Nasa
auteur : Docteur Tony Phillips
traduction de Didier Jamet
28 FEVRIER 2013

L\'entrée dans l\'atmosphère du météore russe du 15 février 2013
L'entrée dans l'atmosphère du météore russe du 15 février 2013

Crédit : Marat Ahmetvaleev

Quand le Soleil s'est levé au-dessus des Monts Oural le vendredi 15 février 2013, un grand nombre des résidents de Tcheliabinsk savaient déjà qu'un caillou de l'espace allait rendre visite à la Terre.

Plus tard ce jour là en effet, un astéroïde dénommé 2012 DA14 devait passer à moins de 28 000 km de la Terre, à la verticale de l'Indonésie. Et la NASA l'avait assuré : il n'y avait aucun risque de collision.

C'est peut-être pourquoi, lorsque le ciel du petit matin est devenu brillant comme en plein jour sous l'éclat d'un deuxième soleil et qu'une onde de choc a brisé les vitres de centaines de bâtiments autour de Tcheliabinsk, seules quelques personnes comprirent immédiatement ce qui se passait : ce n'était pas une catastrophe aérienne ou une attaque de missile.

« C'était l'entrée dans l'atmosphère d'un météoroïde, le plus puissant depuis l'événement de la Toungouska en 1908 » confirme Bill Cooke du bureau de la NASA consacré à l'environnement météoritique de la Terre.

Dans une coïncidence qui fait encore secouer la tête aux experts de la NASA, un petit astéroïde sans aucun rapport avec 2012 DA14 a frappé la Terre seulement quelques heures avant le passage rapproché annoncé. Cet impacteur est littéralement sorti de nulle part, venant grossièrement de la direction du Soleil et étant de ce fait parfaitement indétectable pour les télescopes terrestres.

« Il s'agit dans les deux cas d'événements rarissimes et il est assez incroyable qu'ils se soient produits le même jour souligne Paul Chodas du programme de surveillance des objets géocroiseurs de la NASA.

Depuis, les chercheurs tentent de rassembler les pièces du puzzle. L'information la plus révélatrice est venue d'un réseau de capteurs d'infrasons mis en place pour la surveillance du respect du traité de non prolifération des armes nucléaires.

Un infrason est un type de son de très basses fréquences que seuls les éléphants et quelques autres animaux peuvent percevoir. Il s'avère que lorsque un gros caillou spatial entre dans l'atmosphère, cela y entraine la propagation d'infrasons. En analysant les enregistrements, il est possible de savoir combien de temps a duré la traversée de l'atmosphère, quelle était sa direction et quelle quantité d'énergie a été libérée.

Le signal infrasonore du météore russe est le plus puissant jamais détecté par le réseau à ce jour. La station la plus éloignée qui a entendu passer quelque chose se trouvait à 15 000 km de là, dans l'Antarctique.

Le professeur de physique de l'université d'Ontario occidental Peter Brown a analysé les données. « Cet astéroïde mesurait dans les 17m de diamètre et pesait approximativement 10 000 tonnes » rapporte-t-il. « Il a frappé l'atmosphère à une vitesse d'environ 75 000 km/h et s'est désintégré entre 25 et 20 kilomètres d'altitude. Cette désintégration a libéré une énergie équivalente à l'explosion de 470 kilotonnes de TNT. » À titre de comparaison, les premières bombes atomiques ne produisaient que 15 à 20 kilotonnes.

En se fondant sur la trajectoire de la boule de feu, les analystes ont pu retracer son orbite. « Il venait de la ceinture d'astéroïdes, environ 2,5 fois éloignée du Soleil que ne l'est la Terre » précise Cooke.

En comparant l'orbite du météore russe à celle de 2012 DA14, Cooke a démontré qu'il n'y avait strictement aucun rapport entre les deux. « Ce sont deux objets parfaitement indépendants » assure-t-il. « Le fait qu'ils se soient trouvés en même temps au voisinage de la Terre, l'un juste un peu plus proche que l'autre, est une parfaite coïncidence. »

Les enregistrements infrasonores confirment que le météore est entré dans l'atmosphère à un angle assez fermé, de l'ordre de 20°, et qu'il y a séjourné une trentaine de secondes avant d'exploser. Le gros de l'onde de choc, entendu ou ressenti à des centaines de kilomètres à la ronde, a marqué le début d'une chasse au trésor scientifique. Des milliers de fragments de cette météorite se trouvent probablement disséminés dans la campagne russe le long de la trajectoire, dont une petite partie seulement a déjà été retrouvée.

Les premières indications données par les médias russes vont dans le sens d'un astéroïde essentiellement constitué de roches et d'un peu de fer. « En d'autres termes, typiquement un astéroïde s'étant formé au-delà de l'orbite de Mars » analyse Cooke. « Et il y en a des millions comme lui » conclut-il.

Alors que Tcheliabinsk panse encore ses plaies, c'est sans doute quelque chose que nous ferions bien de garder à l'esprit.

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