article de Didier Jamet
21 NOVEMBRE 2025

Plus il se rapproche de nous, plus le corps céleste 3I/Atlas se révèle pour ce qu'il est : une très ancienne comète issue d'un lointain système solaire qu'il sera probablement impossible d'identifier, et dont le Soleil s'est sans doute éteint depuis. Alors que, comète, elle exhibe comme il se doit toutes les caractéristiques d'une comète, certains, et non des moindres, s'acharnent à vouloir y voir autre chose, et notamment la création d'une intelligence extraterrestre. Faisons le point.
3I/Atlas passera au plus près de notre planète le 19 décembre prochain. Quand on dit au plus près, c'est du point de sa trajectoire le plus proche de notre planète dont il est question. Car en fait de proximité, nous parlons de 270 millions de kilomètres. C'est 45 millions de kilomètres de plus que la distance moyenne de Mars au Soleil, près de deux fois celle de la Terre... Au moins cette fois, personne ne prétendra que cette comète risque de rentrer en collision avec notre planète.
Non, la conspiration à la mode pour 3I Atlas, c'est qu'il s'agirait d'un vaisseau spatial extraterrestre dont la trajectoire aurait été parfaitement calculée pour venir nous espionner, voire nous envahir, pauvres terriens que nous sommes !
L'inventeur de cette théorie n'est pour une fois pas un prédicateur religieux en mal de brebis égarées à convertir, mais un physicien au pédigré académique impeccable, Avi Loeb : doctorat en physique des plasmas obtenu à l'université hébraïque de Jérusalem en 1986, membre de 1988 à 1993 de l'Institute for advanced studies de Princeton, un des plus prestigieux laboratoires de recherche au monde, il intègre l'Université d'Harvard en 1993 et travaille depuis sur quantité de sujets astrophysiques que lui permet d'embrasser sa vaste intelligence. Sa liste de publications scientifiques est de fait très impressionnante. Mais il a une fâcheuse tendance à s'en servir comme d'un argument d'autorité scientifique incontestable dès que l'on questionne ses affirmations plus ou moins péremptoires.
Le problème est que depuis 2018 et la découverte certifiée du premier corps céleste en provenance d'un autre système solaire, 1I/Oumuamua, Avi Loeb a développé une étrange manie : deux fois sur trois, il veut absolument que ces corps célestes soient des créations technologiques extraterrestres : voile solaire à la dérive pour 1I/Oumuamua, et donc immense vaisseau spatial possiblement hostile pour 3I/Atlas.
Deux fois sur trois, c'est une statistique intéressante, surtout pour lui qui tend à leur faire dire n'importe quoi. Les deux-tiers de l'Univers conspireraient-ils à nous espionner ? Intrigante disposition d'esprit qui n'est pas sans rappeler le délire obsidional.
Or que constatons-nous sur les toutes dernières images de 3I/Atlas, dont celle qui illustre cet article due à l'astronome amateur italien Rolando Ligustri :
- Une chevelure, encore appelée coma, sorte d'atmosphère de gaz et de poussière entourant le noyau.
- Une queue de poussière, poussée par la pression de radiation solaire.
Rappelons la définition d'une comète, prise dans Le Robert :
« Astre présentant un noyau brillant (tête) et une traînée gazeuse (chevelure et queue) » C'est fou non ?
Quand on s'intéresse aux gaz émis par 3I/Atlas, qu'on peut identifier à distance grâce à la spectroscopie, on retrouve tous ceux qu'on trouve dans les comètes classiques : vapeur d'eau, dioxyde de carbone, monoxyde de carbone. Certes, ils sont dans des proportions assez différentes dans le cas de 3I/Atlas, avec notamment très peu d'eau, seulement 4%.
Autre anomalie, elle semble bourrée de nickel, dans des proportions en effet jamais observées dans une autre comète. Mais rappelons que 3I/Atlas s'est formée dans un endroit de l'Univers très différent du nôtre, et qu'elle bourlingue dans l'espace depuis deux milliards d'années AVANT la création de notre propre système solaire, soit 7 milliards d'années au total ! De quoi avoir séjourné dans des milieux composés de mélanges très différents de ceux qu'on croise dans notre coin d'univers, et s'être recouverte de tout un tas d'éléments insolite au fil de ses rencontres avec différents systèmes solaires, ce que ne font pas nos comètes habituelles, issues du même nuage primordial.
Je ne perdrai pas plus de temps à répondre à l'indigeste mille-feuilles argumentatif de Monsieur Loeb, technique bien connue des gens de mauvaise foi pour entraîner les âmes charitables et un peu trop naïves à des arguties qui n'ont pas lieu d'être, et n'ont pour but que de pallier le vide des arguments et la fausseté de la pensée.
3I/Atlas n'en demeure pas moins un corps céleste passionnant à étudier pour son caractère radicalement exotique, mais rien, absolument rien, n'indique qu'il pourrait s'agir d'autre chose qu'une comète extrasolaire, et c'est déjà beaucoup que d'avoir ainsi la chance d'étudier un morceau de système solaire depuis longtemps disparu.






