Une comète se dirige vers Mars

article de Didier Jamet
8 AVRIL 2013

Vue d\'artiste de la comète 2013 A1 s\'approchant de Mars
Vue d'artiste de la comète 2013 A1 s'approchant de Mars

Nasa

Au fil des ans, les pays dotés de programmes spatiaux ont envoyé des dizaines de sondes et de robots explorer Mars. Aujourd'hui trois sondes lui tournent autour tandis qu'en contrebas, les deux rovers Opportunity et Curiosity se promènent sur le sable rouge. Mais bientôt, ces machines pourraient être les explorateurs d'un monde bien différent.

« Il existe une probabilité, faible mais non-nulle, pour que la comète 2013 A1 entre en collision avec la planète Mars en octobre 2014 », explique Don Yeomans, directeur du programme Near-Earth Object de la NASA au JPL. « Selon les prévisions actuelles, les chances de collision sont de 1 sur 2000 ».

La comète approche à vive allure, environ 56 km/s, et le diamètre de son noyau se situe probablement entre 1 et 3 km. « Si elle percute Mars, l'énergie engendrée par la collision équivaudrait à 35 millions de mégatonnes de TNT », estime Yeomans.

En comparaison, l'astéroïde responsable de l'extinction des dinosaures il y a 65 millions d'années avait libéré trois fois plus d'énergie, soit environ 100 millions de mégatonnes. On peut également prendre comme référence le météore qui,

en explosant au-dessus de Tcheliabinsk en Russie en février 2013, avait secoué de nombreuses personnes et endommagé des bâtiments. Cette comète en route vers Mars a emmagasiné 80 millions de fois plus d'énergie que ce relativement faible astéroïde.

Une collision ne signifierait pas nécessairement la fin du programme Martien de la NASA, mais elle le transformerait à coup sûr, ainsi que la planète elle-même.

« Nous pourrions être témoins d'un gigantesque évènement climatique », explique Michael Meyer, scientifique en chef du Mars Exploration Program au QG de la NASA. « Une collision projetterait une énorme quantité de poussière, de sable, d'eau et autres débris dans l'atmosphère martienne. En conséquence, Mars pourrait devenir une planète plus chaude et plus humide que celle à laquelle nous sommes habitués ».

Meyer s'inquiète du sort d'Opportunity car le rover qui fonctionne à l'énergie solaire aurait bien des difficultés à survivre sous une atmosphère opaque. En revanche, Curiosity serait sauf car il fonctionne à l'énergie nucléaire. Il indique également que les sondes en orbite pourraient éprouver des difficultés à observer la surface de la planète, du moins le temps que les débris se dispersent.

Un impact direct semble cependant peu probable. Paul Chodas, du programme Near-Earth Object de la NASA insiste sur le fait qu'une probabilité de collision de 1 sur 2000 équivaut à 1999 chances sur 2000 que la comète évite Mars de justesse, scénario d'après lui beaucoup plus probable.

Cependant, même si la comète ne fait que frôler Mars, l'évènement sera potentiellement très important. Les derniers calculs de trajectoire orbitale estiment que la comète passera à moins de 300 000 km de la planète rouge. Ce qui implique alors une rencontre entre Mars et la coma, atmosphère gazeuse et poussiéreuse de la comète. Vue de Mars, la comète sera plus brillante qu'une étoile de première magnitude.

« Les caméras et appareils photo de tous les engins NASA actuellement en action sur et autour de Mars devraient être en mesure de photographier la comète 2013 A1 », explique Jim Bell, planétologue et spécialiste d'imagerie martienne à l'Université d'État d'Arizona. « La difficulté avec les sondes Mars Odyssey et Mars Reconnaissance Orbiter sera de les orienter dans la bonne direction car elles sont prévues pour pointer vers le bas, pas le haut. Les ingénieurs de la mission devront donc en étudier la possibilité ».

« Le problème pour les robots Opportunity et Curiosity sera l'énergie nécessaire à la photographie nocturne », poursuit Bell. « En effet, Opportunity, fonctionnant à l'énergie solaire, devra puiser dans ses réserves pour photographier la nuit. La question est de savoir si malgré la poussière, ses panneaux solaires parviendront à accumuler suffisamment d'énergie pendant la journée. D'un autre côté, Curiosity, fonctionnant lui à l'énergie nucléaire, devrait être plus à même de photographier la nuit ».

Les chercheurs seront très attentifs à l'interaction entre l'atmosphère de la comète et celle de Mars. D'une part, il pourrait se produire une pluie de météores. « L'analyse spectrale de météores qui se désintègrent en entrant dans la haute atmosphère martienne pourrait nous apprendre beaucoup sur la composition chimique de celle-ci », explique Meyer.

Une autre éventualité serait celle d'aurores martiennes. Contrairement au champ magnétique terrestre qui englobe la totalité de la planète, celui de Mars est sporadique. À la manière de parapluies jaillissant du sol ici et là, il décrit un patchwork de pôles magnétiques, concentrés principalement dans l'hémisphère sud. Des gaz ionisés entrant en contact avec la haute atmosphère martienne pourraient alors illuminer le haut de ces parapluies et ainsi créer des aurores.

Avant même la découverte de la comète et de son passage martien, la NASA avait déjà prévu le lancement d'un engin capable d'étudier la dynamique de l'atmosphère de la planète rouge. Si la sonde MAVEN (Mars Atmosphere and Volatile Evolution) est lancée comme prévu en novembre 2013, elle atteindra Mars quelques semaines avant l'arrivée de la comète en 2014.

Cependant, l'investigateur principal de la mission MAVEN, Bruce Jakosky de l'Université du Colorado, explique que la sonde ne sera pas prête à observer la comète lorsque celle-ci atteindra Mars. « Il nous faudra du temps avant de placer la sonde en orbite, de déployer et tester ses instruments scientifiques, etc. MAVEN ne sera pleinement opérationnelle qu'environ deux semaines après le passage de la comète. Mais je pense que certains effets subsisteront relativement longtemps après le passage du bolide, surtout si celui-ci entre en collision avec Mars. Nous pourrons ainsi observer ces changements ».

À travers le monde, les astronomes continuent d'observer la comète 2013 A1. Chaque jour, de nouvelles données permettent de calculer son orbite avec plus de précision. Au fur et à mesure que les marges d'erreur diminuent, Yeomans s'attend à ce que l'hypothèse d'une collision soit écartée. « Les probabilités penchent plus vers un passage proche que d'une collision », maintient-il.

Quoi qu'il en soit, ce devrait être un spectacle particulier.

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