Columbia, les ambiguïtés du mémorandum McCormack

article de Didier Jamet
4 FEVRIER 2003

image extraite des enregistrements vidéo du lancement montrant le débris avant l\'impact juste au-dessus du bord d\'attaque de l\'aile gauche
image extraite des enregistrements vidéo du lancement montrant le débris avant l'impact juste au-dessus du bord d'attaque de l'aile gauche

KSC Nasa

4 jours avant la désintégration de Columbia, le directeur de la cellule d’évaluation de la mission a remis à ses supérieurs de la NASA une note sur le déroulement de STS 107 qui en était alors à son douzième jour. Il y fournit une évaluation des conséquences de l’impact relevé sur l’aile gauche 80 secondes après le décollage. Il envisage des dommages infligés aux tuiles réfractaires « sur une superficie étendue », ainsi que de possibles « dommages structuraux » lors de la rentrée. Pourtant, il conclut à l’absence d’incidence significative de ces éléments sur la sécurité du véhicule.

Voici la transcription intégrale de ce mémorandum :

« La mission STS 107 se déroule comme prévu et tous les systèmes du vaisseau fonctionnent de façon satisfaisante. Aucun problème n’a été signalé dans les dernières 24 heures. Les réserves de consommables sont au-delà de ce qui est nécessaire pour l’achèvement de la mission prévue. »

« Concernant l’impact avec un débris sur l’aile gauche précédemment évoqué dans le quatrième rapport quotidien, les membres de l’équipe d’intégration des systèmes ont établi une analyse de la trajectoire des débris afin d’estimer les conditions et localisations d’impact de ces débris. »

« Cette analyse s’est appuyée sur les enregistrements vidéo de la montée sur orbite. Il a été supposé que les débris en question étaient de la mousse d’isolation en provenance du réservoir externe. »

« D’après les résultats de l’analyse de trajectoire, une analyse d’impact a été réalisée afin d’évaluer les dommages potentiellement infligés aux tuiles et à la protection de carbone renforcé (RCC). »

« Cette analyse indique une possibilité d’avoir des tuiles endommagées sur une superficie étendue. »

« Les dommages causés au carbone renforcé ne devraient pas s’étendre au-delà du revêtement superficiel et n’ont aucune incidence sur la mission. »

« De plus, des simulations thermiques ont été entreprises selon différents scénarios d’étendue et de localisation des dommages. Les hypothèses envisagées allaient d’une tuile manquante dans la couche densifiée à plusieurs tuiles manquantes sur une superficie de 18 x 75 centimètres. »

« Ces analyses thermiques indiquent une possibilité de dommages structuraux localisés, mais pas de combustion perforante ni de problème pour la sécurité du vol. »

Don L. McCormack Jr.

Directeur de la cellule d’évaluation de la mission STS-107


Sachant les contraintes thermiques et aérodynamiques auxquelles est soumise une navette lors de sa rentrée dans l'atmosphère, il est assez surprenant de voir cohabiter dans la même phrase l'évocation d'une "possibilité de dommages structuraux", même localisés, et l'affirmation simultanée d'absence de "problème pour la sécurité du vol ".

Ron Dittemore, directeur du programme navette à la NASA, a depuis déclaré que le débris en provenance du réservoir externe était probablement à la racine des évènements qui ont entraîné la perte de Columbia. Il a ajouté que ce fait « donnait à réfléchir », dans la mesure où il impliquerait un problème fondamental dans la conception même du lanceur.

Puis, le 6 février, il est revenu sur cette déclaration en affirmant que, à la lumière de nouvelles analyses, la NASA venait de conclure avec certitude que cet incident ne pouvait pas expliquer à lui seul la perte de Columbia.

L'enquête promet donc d'être longue, et ses méandres nombreux.

L'équipage à bord de la Station Spatiale Internationale dispose de suffisamment de ressources pour tenir sereinement jusqu'en juin 2003. Reste à savoir par quel moyen de transport ils reviendront sur Terre: navette ou soyouz de secours ?

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