Etranges cratères sur Mercure

article original publié par Science @ Nasa
auteur : Docteur Tony Phillips
traduction de Didier Jamet
22 MARS 2008

Deux cratères aux caractéristiques tout à fait intrigantes sur Mercure, dans le gigantesque bassin d\'impact Caloris
Deux cratères aux caractéristiques tout à fait intrigantes sur Mercure, dans le gigantesque bassin d'impact Caloris

Nasa

Les surprises continuent sur Mercure. Les scientifiques parcourant la moisson de résultats retournés par la sonde spatiale Messenger lors de son survol de Mercure le 14 janvier 2008 ont trouvé plusieurs cratères avec d'étranges halos sombres et, plus étrange encore, un cratère dont le fond est recouvert d’un matériau aussi brillant que la glace, alors que sa température est supérieure à 400° C.

« Ces halos sont réellement exceptionnels » s'enthousiasme Clark Chapman, un des scientifiques de la mission. « Nous n'avions jamais rien vu de tel sur Mercure auparavant, et leur formation est un mystère ».

Prêtez attention à la première image qui illustre cet article, en haut de la colonne de droite. Les deux cratères à la base de l'image se trouvent dans le gigantesque bassin Caloris, une vaste dépression de 1600 kilomètres de diamètre formée il y a des milliards d'années lorsqu'une comète ou un astéroïde est entré en collision avec Mercure. Pour donner l'échelle, le plus grand des deux cratères fait dans les 70 km de diamètre. Les deux cratères ont des remparts sombres ou « halos » et celui de gauche est partiellement rempli d'un matériau réfléchissant inconnu.

Chapman avance 2 explications possibles pour les halos. Il pourrait s'agir:

− soit de la théorie du mille-feuilles, où il pourrait y avoir une couche de matériau sombre sous la surface du bassin Caloris, qui produirait ces remparts couleur chocolat lors des impacts qui pénètreraient à la bonne profondeur. Cependant si une telle couche souterraine existe, elle ne peut pas se trouver que dans le bassin Caloris. « Nous avons trouvé quantité de halos sombres en dehors de Caloris aussi, par exemple ces deux là près du pôle sud de Mercure.

− Soit du modèle de l'impact de verre, où l'énergie thermique de l'impact a fait fondre une partie de la surface rocheuse de Mercure. De la roche fondue aurait giclé vers les bords du cratère où elle se serait resolidifiée sous la forme d’une sombre pâte de verre. De telles « fontes d’impact » sont observées au voisinage de cratères aussi sur la Lune que sur Terre. Si cette hypothèse est la bonne, d’éventuels astronautes partant à la découverte des parois de ces cratères se retrouveraient au milieu de véritables champs de tessons de verre.

Chapman fait remarquer que la Lune possède elle-même des cratères cernés de halos sombres. « Tycho en est un exemple bien connu ». Mais les halos autour des cratères lunaires sont beaucoup moins contrastés et plus fragmentaires. « Ceux que nous observons sur Mercure sont nettement distincts et attirent beaucoup plus l’attention.

La différence pourrait tenir à la gravité. Sur la Lune, elle est faible. Tout ce qui s’échappe lors d’un impact a tendance à parcourir de longues distances, se diffusant peu à peu pour finir par être difficile à distinguer. En revanche sur Mercure la gravité est deux fois plus forte. Les retombées se concentreraient plus près du point d’impact, ce qui les rendrait plus visibles.

Cependant la gravité ne peut pas être l’explication du fond brillant des cratères. « C’est un mystère encore plus grand » reconnaît Chapman. À première vue, ces étendues brillantes pourraient passer pour de la glace scintillant au Soleil. Mais c’est tout simplement impossible. Au moment où l’image a été prise, la température de surface du cratère était d’environ 400 degrés centigrades.

Aussi, peut-être que ce matériau brillant vient-il lui aussi du sous-sol, d’une autre couche. Ce serait pour le coup la théorie du mille-feuilles, mais marbré.

« Je n’ai pas entendu une seule explication réellement convaincante de la part de notre équipe scientifique » ajoute Chapman. « Nous ne savons toujours pas ce qu’est ce matériau, pourquoi il est si brillant, ou pourquoi il se trouve dans ce cratère plutôt qu’un autre. »

Par chance, Messenger a peut-être engrangé les données nécessaires à la résolution de l’énigme. Ses spectromètres ont scanné les cratères pendant le survol, et les couleurs qu’ils ont pu y distinguer devraient, une fois interprétées, révéler les minéraux en présence. « Les données sont encore en cours d’analyse et de calibrage » confirme Chapman.

Mais que se passerait-il si ces données ne fournissaient pas de réponses ?

Deux survols de Mercure sont encore programmés en octobre 2008 et en septembre 2009 avant que Messenger ne se place en orbite autour de la première planète du système solaire en 2011. Au fil du temps, « nous viendrons à bout de ce mystère » affirme Chapman. Et sans doute de bien d’autres encore.

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