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Ciel des Hommes

Et si la Lune était encore active ?

traduction de Didier Jamet

paru le 10 novembre 2006

Il est communément admis que la Lune est un astre mort. Or il se pourrait que ce lieu commun soit faux. Aujourd’hui, dans le journal scientifique Nature, une équipe de scientifiques emmenés par le professeur Peter Schultz de l’Université Brown publie une série d’éléments probants tendant à démontrer une activité géologique récente sur la Lune.

Alors qu’on supposait jusqu’à présent que le volcanisme lunaire avait cessé il y a des milliards d’années, il y a au moins un endroit sur la Lune où un " dégazage " aurait pu se produire au cours des 10 derniers millions d’années, voire pourrait encore se produire aujourd’hui (ref: Schultz, Staid & Pieters, Nature, 444, 184).

L’endroit en question est une formation géologique à l’aspect étrange nommées " Ina " dans le lac de la Félicité (Lacus Felicitatis), un lac rempli d’une lave volcanique durcie depuis longtemps et situé aux coordonnées lunaires suivantes : 19° Nord, 5° Est.

" Ina fut remarqué pour la première fois par des astronautes du programme Apollo " rappelle Schultz. Comme vous pouvez le voir sur la première image de la colonne de droite ci-contre (cliquez sur l’image pour l’agrandir), " Il s’agit d’une sorte de lettre D de près de 2 km de long ".

Trois faits permettent de penser qu’Ina aurait connu une activité récente :

Ina présente des bords mystérieusement nets " Des bords aussi aiguisés ne peuvent durer longtemps. Ils auraient dû être détruits en l’espace de 50 millions d’années " affirme Schulz. Qu’est-ce qui détruit ainsi les contours des formations géologiques lunaires ? Une pluie constante de petits météoroïdes qui, avec le temps, érodent montagnes et cratères. Aussi le tranchant des bords d’Ina est un argument en faveur de sa grande jeunesse.

Ina est faiblement cratérisée. Alors que les petits météoroïdes sablent le terrain, les grands météoroïdes et les astéroïdes forment des cratères. Plus une surface lunaire est âgée, plus elle est cratérisée. " Ina est presque dépourvue de cratères " fait remarquer Schultz. " Nous n’avons trouvé que deux cratères d’impact clairs de plus de 30 mètres de diamètre sur la surface de 8 kilomètres carrés du plancher de la structure ". Là encore, Ina arbore tous les traits de la jeunesse.

Ina est brillant et présente d’étranges couleurs. Les roches et la poussière présentes à la surface de la Lune s’assombrissent au fil du temps. L’agent assombrissant est l’érosion spatiale : une pluie inimterrompue de rayons cosmiques, de radiations solaires et de météoroïdes s’abat sur la Lune et assombrit son sol (le mécanisme détaillé est trop complexe pour être expliqué ici, mais l’effet est incontestable). Ina est cependant brillant, comme si la couche de crasse avait été retournée il y a peu. De plus, les couleurs d’Ina, mesurées par le spectromètre de la sonde Clementine, sont similaires aux couleurs des cratères lunaires les plus jeunes. Et là où tout cela devient vraiment très intéressant, c’est qu’Ina n’est pas un cratère d’impact.

Ces différents indices mènent tout droit sur la piste d’un dégazage : " Nous pensons qu’il y a eu une libération rapide de gaz, soufflant les dépôts de surface et exposant du matériau moins érodé " explique Schultz. Ce n’est pas nécessairement un signe de volcanisme actif. " L’aspect de surface d’Ina n’indique pas la libération explosive de magma, qui aurait engendré des rayons d’éjectas disposés autour d’un cratère central. " Au lieu de cela, les gaz sont peut-être restés piégés sous le sol pendant des millions ou des milliards d’années, puis ont été relâchés par exemple à la faveur d’un séisme. Cette interprétation est très séduisante car Ina est situé à l’intersection de deux longues vallées linéaires, appelées " rilles ", comme beaucoup de régions géologiquement actives sur Terre.

" Depuis de nombreuses années " poursuit Schultz, " des astronomes amateurs rapportent avoir observé comme des sortes de bouffées lumineuses ou des éclairs de lumière à la surface de la Lune ". Alors que la plupart des astronomes professionnels insistaient sur le fait que la Lune était inactive, les observations des amateurs laissaient entrouverte la porte du doute. Schultz pense qu’il est temps de commencer vraiment à se pencher sur la question. " Une campagne d’observation coordonnée, comprenant à la fois des professionnels et des amateurs, serait un des moyens envisageables pour obtenir des preuves supplémentaires de l’activité lunaire. La libération de gaz proprement dite ne serait visible qu’une seconde à peine, mais la poussière qu’elle ne manquerait pas de soulever pourrait rester en suspension pendant une trentaine de secondes. Avec les réseaux d’alerte modernes, c’est suffisant pour mettre un télescope professionnel en situation d’observer le phénomène. "

Il se peut qu’il y ait beaucoup de points sensibles à surveiller. Les scientifiques ont identifié au moins quatre structures semblables à Ina associées au même système de rilles, ainsi que d’autres dans des réseaux de rilles environnant.

Ces gaz pourraient-ils s’avérer utiles à de futurs explorateurs lunaires ? Schultz le pense. " Du dioxyde de carbone et même de la vapeur d’eau pourraient provenir de ces points de dégazage. " Mais il rappelle aussitôt qu’ " il faut d’abord avoir la certitude qu’un dégazage a bien lieu, et déterminer de quels gaz il s’agit ". Cela promet de faire d’Ina un site bigrement intéressant pour des explorations futures, qu’elles soient le fait de robots ou d’êtres humains.

Comme dit Schultz, " Après tout, la Lune n’est peut-être pas un endroit si mort que ça. "

Note : ces recherches ont été financées grâce à la Nasa. Les chercheurs Peter Schultz et Carlé Pieters sont professeur de géologie à l’Université Brown. Matthew Staid est un chercheur du Planetary Science Institute.

 

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Version française de Science@NASA
Auteur original : Docteur Tony Phillips
Crédit : NASA Science

Le cratère Ina sur la Lune
Crédit : Nasa

 

Image composite en fausses couleurs des environs d'Ina. Le bleu signale la présence de basaltes riches en titane fraichement retournés, tandis que le vert permet de suivre la piste de sols relativement peu érodés
Crédit : Nasa

 

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