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Ciel des Hommes

Le Soleil est-il complètement détraqué ?

traduction de Didier Jamet

paru le 13 novembre 2003

Le maximum solaire a été atteint il y a deux ans. Pourtant, notre étoile s’est montrée remarquablement active ces jours derniers. Le Soleil est-il en train de se détraquer ?

Imaginez. Vous êtes sur la côte d’azur vers la fin du mois de juillet, au cœur de l’été. Le Soleil se lève tôt, et ses rayons réchauffent rapidement le sol. Un temps idéal pour passer la journée dehors. Et puis brutalement, le temps se couvre et une tempête de neige se déchaîne. Elle va durer deux semaines. Sale temps pour la saison.

Toutes proportions gardées, " c’est un peu ce qui vient de se passer sur le Soleil " affirme David Hathaway, chercheur de la Nasa qui étudie le Soleil au centre spatial Marshall.

Il y a encore deux semaines, l’activité solaire était faible. Le disque du Soleil était pour ainsi dire vierge de toute tache. " Il n’y en avait que très peu, et la météo spatiale au voisinage de la Terre était tempérée. Tout à fait ce à quoi on pouvait s’attendre dans cette phase du cycle solaire de 11 ans " poursuit Hathaway. " Le dernier maximum a eu lieu en 2001, et depuis lors l’activité solaire a régulièrement décru. "

Et puis brutalement, fin octobre, le Soleil a commencé à se comporter bizarrement. Trois taches géantes sont apparues, chacune d’elles plus grande que Jupiter. En Californie, ou la fumée des feux de forêt masquait suffisamment l’éclat du Soleil pour qu’on puisse l’observer directement, des observateurs occasionnels furent abasourdis par les énormes taches qu’ils purent y discerner. L’une d’elles, baptisée " tache solaire 486 ", était la plus grande jamais observée depuis 13 ans.

Les taches sont à l’origine des éruptions solaires et, en général, les plus grandes éruptions proviennent des plus grandes taches. Les trois taches géantes en question ont produit onze éruptions de classe X en seulement 14 jours, soit autant que pendant les 12 derniers mois. " Ce fut une énorme surprise " confie Hathaway.

Les effets sur Terre furent nombreux : communications radio hautes fréquences interrompues, protons solaires pénétrant dans la haute atmosphère, exposant les astronautes et certains passagers d’avions à des doses de radiation équivalent à une radio des poumons. Des aurores polaires se sont produites un peu partout dans le monde dans des endroits inhabituels, parmi lesquels on peut citer le Texas, l’Australie, la Normandie, la Bretagne, le sud des Deux-Sèvres.

Les scientifiques classent les éruptions solaires en fonction de leur puissance en rayonnement X. Les éruptions de classe C sont les plus faibles, les M sont intermédiaires, et les X sont les plus puissantes. Chaque catégorie comprend plusieurs subdivisions par exemple X1, X2, X3 et ainsi de suite. Une éruption typique de catégorie X est généralement classée X1 ou X2. Le 4 novembre, la tache 486 a produit une éruption de classe X28, la plus puissante jamais enregistrée.

" En 1989, une éruption moitié moins puissante avait provoquée une gigantesque panne d’électricité au Québec " rappelle Hathaway. L’éruption de la semaine passée n’était pas directement dirigée vers notre planète, aussi ses effets n’ont pas été aussi dévastateurs qu’ils auraient pu l’être, une chance. "

Mais reste que tout ceci s’est déroulé deux ans après le maximum solaire, ce qui amène tout naturellement à se poser la question : qu’est-ce qui cloche dans le cycle solaire ? Le Soleil est-il complètement détraqué ?

" Tout cela n’est pas bien méchant " rassure Hathaway. Le Soleil n’est pas sur le point d’exploser. " Certes ces taches étaient des monstres " concède-t-il, " mais si vous faites la moyenne des taches apparues sur plusieurs semaines, on s’aperçoit que l’on est bien dans une tendance générale à l’accalmie, conforme aux prévisions. On est toujours dans la perspective d’un minimum solaire pour 2006. "

Et de fait, Hathaway considère que la période que nous venons de vivre est peut-être un épisode somme toute normal du cycle solaire. " Les plus grandes éruptions ont une curieuse propension à se produire après le maximum solaire, lors de la phase descendante vers le minimum. Cela s’est produit deux fois sur les trois derniers cycles solaires.

Reportons nous en 1984 conseille Hathaway. Le nombre de taches dégringolait, et le Soleil s’approchait rapidement du minimum de 1985-86. Soudain une tache géante apparut, de la taille de Jupiter, tout comme la tache 486, et libéra une vingtaine d’éruption de classe M, et trois de classe X, dont une remarquable X13. Largement de quoi se demander si le Soleil ne déraillait pas.

" Il n’est pas facile de discerner ce qui est normal et ce qui ne l’est pas " poursuit-il. " L’observation du Soleil en X ne date que de 35 ans en arrière, soit trois cycles solaires. Impossible de tirer des conclusions statistiques solides à partir de si peu de données. "

Une chose est cependant certaine : des bourrasques d’activité solaire peuvent se produire à n’importe quel moment. La prochaine pourrait avoir lieu dans moins d’une semaine.

La tache solaire 486 et ses compagnes sont à présent de l’autre côté du Soleil par rapport à la Terre, emportées pas la rotation en 27 jours du Soleil. " Nous avons de bonnes raisons de croire qu’elles sont encore actives, car le Satellite d’observation solaire SOHO a surpris des nuages de gaz projetés au-delà du limbe solaire par des explosions invisibles. A moins que ces taches ne se dispersent, elle commenceront à réapparaître sur la partie du disque solaire qui fait face à la Terre à partir du 14 novembre.

Que se passera-t-il alors ? Personne ne sait. " Peut-être que cette météo spatiale inhabituelle va continuer " confirme Hathaway. Mais cette fois au moins, il ne sera pas surpris.

Pour approfondir le sujet

Prédictions de taches

Gigantesque éruption solaire

Les plus grandes éruptions solaires jamais enregistrées

Qu’est-ce qu’une éruption solaire de classe X ?

La panne électrique de mars 1989

Une menace pour les réseaux d’électricité

La météo spatiale de la Nasa

Le centre d’environnement spatial du NOAA

 

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Version française de Science@NASA
Auteur original : Docteur Tony Phillips
Crédit : NASA Science

L’astrophotographe Bob Sandy a pris cette image de la tache solaire géante 486 émergeant du limbe solaire le 23 octobre 2003. Elle était de fait précédée par une autre tache géante, la 484
Crédit : Bob Sandy

 

Image en fausse couleur du début d’une séquence capturée en ultraviolet par le satellite SOHO montrant l’éruption gigantesque classée X28 du 4 novembre 2003, près du limbe solaire. Cliquez sur le lien du crédit pour avoir accès à l’animation complète.
Crédit : Nasa - Esa - SOHO

 

Utilisant les données archivées par le NOAA, Francis Reddy a réalisé ce graphique permettant de matérialiser le nombre et l’intensité des taches solaires en fonction du temps au cours des trois derniers cycles solaires.
Crédit : Francis Reddy

 

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