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Ciel des Hommes

El Niño n’en fait qu’à sa tête !

traduction de Didier Jamet

paru le 20 mars 2003

La perturbation climatique connue sous le nom d’El Niño se manifeste actuellement de façon inhabituelle. Là où ses effets devraient être puissants, ils sont faibles, et là où il devrait apporter du froid, il fait chaud…Pour couronner le tout, il pourrait bien se terminer plus tôt que prévu.

Parfois, le chercheur Bill Patzert regrette presque de ne pas avoir étudié la psychologie. Ça aurait peut-être pu l’aider à comprendre El Niño.

« On pourrait dire que chaque épisode d’El Niño a une personnalité propre. Et celui qui nous occupe actuellement est plutôt du genre excentrique » poursuit Patzert, qui travaille au Jet Propulsion Laboratory (JPL) de la Nasa.

« Ici en Californie du Sud El Niño nous amène généralement de fortes précipitations. Mais la météo cet hiver semblait souffrir d’un dédoublement de la personnalité, alternant sans cesse entre périodes chaudes et sèches et épisodes froids et humides. »

Curieux en effet. Mais la Californie du Sud ne fut pas la seule à subir les conséquences de cet excentrique El Niño.

El Niño est une perturbation climatique qui affecte de vastes zones à la surface du globe et se reproduit tous les 4 à 7 ans, lorsque les alizés soufflant dans le Pacifique faiblissent voire s’inversent (pour quelle raison précise, on l’ignore). En régime normal, ces vents soufflent depuis l’Amérique jusqu’en Australie, poussant d’est en ouest les eaux de surface réchauffées par le Soleil. « Les eaux chaudes s’accumulent à proximité de l’Australie dans une région que nous appelons « le bassin chaud » précise Patzert.

Que se passe-t-il quand les alizés fléchissent ? « Ces eaux chaudes retournent vers l’est et retraversent le Pacifique. Nous le voyons très clairement sur les cartes de température et de niveau fournies par les satellites du NOAA et de la Nasa : cela prend la forme d’une langue d’eau plus chaude et surélevée s’étirant le long de l’équateur depuis le beau milieu du Pacifique pour atteindre les côtes du Pérou et de l’Equateur. »

Cette bande d’eau chaude a des influences multiples sur les tendances climatiques mondiales, modifiant les vents et les taux d’humidité. Par exemple, il modifie le cours du « Jet Stream », grand pourvoyeur de tempêtes, ce qui à son tour influence la météo pratiquement dans le monde entier, et affecte tout particulièrement le continent Nord-Américain.

S’agissant des températures de surface du Pacifique, El Niño 2002-03 a été largement plus tempéré que son grand-frère 1997-98. De récentes images du satellite de la NASA et du CNES Jason-1 montrent que le Pacifique n’a été cette année que 2 °c plus chaud que la moyenne 2002. Un chiffre à rapprocher de la colossale langue d’eau 5°C plus chaude que la normale qui avait déferlé sur les côtes des deux Amériques en 1997.

Pour autant, on ne peut pas dire qu’El Niño 2002 soit faible. C’est plus compliqué que ça. Dans certains endroits, ses effets ont été inhabituellement dévastateurs. « Prenez l’Australie par exemple. El Niño y engendre généralement un temps très sec voire une authentique sécheresse. Et cette année n’a pas échappé à la règle. Ce qui est curieux c’est que la sécheresse de cette année (alors qu’El Niño s’annonçait tempéré) est pire que celle de 1997 (épisode El Niño d’une intensité mémorable).

Dans le même temps, en Equateur et au Pérou, pays où El Niño apporte généralement son lot de pluies torrentielles et d’inondations, 2002 a été une année calme. La Nouvelle-Angleterre également a connu une météo contraire aux attentes : alors que l’hiver 1997 fut particulièrement chaud, il y a régné un froid sévère en 2002.

Patzert suppose qu’El Niño 2002 est plus tempéré et excentrique que le précédent à cause de quelque chose appelé « Oscillation Pacifique Décennale ». Il s’agit d’un subtil phénomène affectant la température des eaux de surface du Pacifique. « l’emprise du phénomène a grossièrement la forme d’un fer à cheval à peu près aussi large que le Pacifique lui-même, alternant très graduellement entre périodes chaudes et froides tous les vingt à trente ans. »

Sans qu’on sache trop comment, cette oscillation Pacifique influe sur El Niño : si ce dernier débute durant la phase froide de l’oscillation, il tend alors à être tempéré et imprévisible. Si en revanche il débute dans la phase chaude, El Nino est plus fort « et plus « franc du collier », en ce sens que l’on peut mieux prédire ses conséquences ».

En 1997-98, l’oscillation était en phase chaude, d’où le fort El Niño. Depuis l’oscillation tend à refroidir. « Les températures de surface des eaux océaniques des zones tropicales entourant la bande chaude d’El Niño sont assez différentes de celles relevées en 97-98, et plus proches de ce qu’elles étaient dans les années 50, 60 et début des années 70, soit les dernières périodes correspondant à une oscillation Pacifique en phase froide et à des épisodes El Niño relativement doux » poursuit Patzert.

Qu’en sera-t-il dans un proche avenir ? découvrez le dans la suite de cet article, « Quand La Niña chasse El Niño » (lien ci-dessous)

 

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Version française de Science@NASA
Auteur original : Patrick L. Barry
Crédit : NASA Science

Pluies et inondations ? Pas cette fois. La Californie du sud a passé un hiver 2002-03 essentiellement chaud et sec
Crédit : Michael Pole

 

Comparaison entre les phénomènes El Niño de 97 et de 2002 mettant clairement en évidence les différences d’intensité
Crédit : Topex - Poseidon Nasa

 

L’oscillation Pacifique décennale. Les couleurs représentent les anomalies de température, c’est à dire les différences nettes avec la température moyenne des eaux de surface durant les phases froides et chaudes de l’oscillation Pacifique
Crédit : Topex - Poseidon Nasa

 

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