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Crédit : ESO/L. Calçada

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Vue d'artiste de la planète nouvellement découvert en orbite autour de l'étoile [...]
La planète venue du Centaure

texte de Didier Jamet

publié le 17-10-2012

Une planète d'une taille comparable à la Terre vient d'être découverte autour d'Alpha du Centaure B, une des trois composantes du système stellaire le plus proche de nous.

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Atmosphère

Atmosphère

Gravitation

Gravitation

Lumière

Lumière

Mercure

Mercure

Planète

Planète

Ainsi donc, la science vient encore une fois de rattraper la fiction : il y a bien au moins une planète autour de nos plus proches voisines. Avec une distance moyenne de 4,3 années-lumière seulement, les trois étoiles formant le système d'Alpha du Centaure et leur hypothétiques planètes avaient depuis longtemps trouvé une place de choix dans les oeuvres de science-fiction, dont le célèbre Dieu venu du Centaure de Philip K. Dick auquel le titre de cet article rend hommage. Nous savons maintenant qu'au moins un des ces mondes imaginaires est bel et bien réel.

Outre sa proximité, cette planète espérée dès le 19e siècle et traquée sans relâche depuis présente un autre intérêt de taille puisqu'elle est à peine plus grande que la Terre : sa nature rocheuse ne fait aucun doute, et nous pourrions marcher à sa surface, à condition de regarder attentivement où nous mettons les pieds.

L'hiver et l'enfer

C'est en effet l'aspect moins réjouissant de la nouvelle : il fait sans doute une chaleur proprement infernale sur une bonne partie de cette planète puisqu'elle ne se trouve qu'à 6 millions de kilomètres de son étoile, dont elle est 8 fois plus proche que Mercure ne l'est du Soleil. Du coup, l'année n'y dure que 3 jours et 5 heures terrestres, aucune atmosphère n'a sans doute pu s'y maintenir, et du fait de son probable verrouillage gravitationnel avec Alpha du Centaure B, il y règne simultanément deux saisons : un enfer permanent du côté faisant continuellement face à l'étoile, un hiver éternel de l'autre avec, peut-être, une mince marge crépusculaire où les conditions de température pourraient être compatibles avec un débarquement humain.

Bien sûr, l'idée même d'une telle éventualité prête aujourd'hui à sourire : En poussant fortement les technologies dont nous disposons actuellement, il faudrait à un équipage parti de la Terre quelque 46 000 ans pour rallier les parages de Proxima, la plus proche des trois étoiles d'Alpha du Centaure. Veillons toutefois à ce que ce sourire ne se transforme pas en sarcasme, car comme aimait à le rappeler Jules Verne, « tout ce qu'un homme est capable d'imaginer, d'autres hommes seront un jour capables de le réaliser. »

En détectant cette planète autour d'Alpha du Centaure B, Xavier Dumusque (Observatoire de Genève, Suisse; Centro de Astrofisica da Universidade do Porto, Portugal), Francesco Pepe (Observatoire de Genève), Christophe Lovis (Observatoire de Genève), Damien Ségransan (Observatoire de Genève), Johannes Sahlmann (Observatoire de Genève), Willy Benz (Universität Bern, Suisse), François Bouchy (Observatoire de Genève; Institut d'Astrophysique de Paris, France), Michel Mayor (Observatoire de Genève), Didier Queloz (Observatoire de Genève), Nuno Santos (Centro de Astrofisica da Universidade do Porto) et Stéphane Udry (Observatoire de Genève) ont été capables de révéler la réalité physique de ce qui ne fut longtemps qu'une rêverie romantique.

Un jour peut-être, les lointains descendants de ces chercheurs, à condition que les prophètes de malheur ne les aient pas désespéré d'entreprendre avant, trouveront un moyen de rallier ce nouveau monde, et ceux qui demeurent probablement encore à découvrir à proximité. Pour l'heure, en ces temps particulièrement troublés tant sur le plan économique que géopolitique, il n'est peut-être rien de plus urgent que de rêver, car c'est de ces rêves que naîtra l'avenir, si nous en voulons encore.