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Ciel des Hommes

Une loi tchèque contre la pollution lumineuse

article de Laurent Laveder

paru le 04 juin 2002

Grande première dans les annales de la législation : pour la première fois, un pays, en l’occurrence la République Tchèque, réglemente l’usage des éclairages nocturnes. Le but d’une telle loi est de protéger la qualité du ciel nocturne, afin que citadins et ruraux puissent contempler le ciel nocturne à leur guise et, par exemple, retrouver le bonheur simple d’admirer la Voie Lactée.

Vous qui habitez en ville, depuis combien de temps n’avez-vous pas vu la Voie Lactée de votre balcon, ou de votre jardin ?

Depuis des années sans doute. Il est en effet de plus en plus difficile d’admirer le ciel nocturne, tant les sources d’éclairage nocturne sont nombreuses et intenses : lampadaire trop puissant qui éclaire autant le ciel que la chaussée, éclairage de monument qui déborde largement sur le ciel, affichage publicitaire immodérément éclairé, etc.

Toutes ces sources cumulées ont fini, au cours des années, par noyer les étoiles dans un ciel désespérément lumineux. Outre la gêne occasionnée aux amateurs de beautés célestes, l’éclairage intempestif nuit également et de façon plus grave à la faune.

Des terriens ont pris conscience de la nuisance que cela représente. Ils se sont regroupés au sein d’une association internationale appelée IDA (International Dark-Sky Association). La France a elle aussi son association de lutte contre les nuisances lumineuses, c’est l’ANPCN (Association Nationale de Protection du Ciel Nocturne).

Elles luttent quotidiennement en tentant de sensibiliser les pouvoirs publics (les pays ou plus localement les municipalités) à ce problème environnemental bien moins médiatisé que la pollution chimique.

C’est en République Tchèque que ces efforts ont porté leurs fruits. En février 2002, le gouvernement de Prague a voté une loi réglementant l’éclairage extérieur.

Depuis le samedi 1er juin 2002, cette loi est entrée en application et stipule que tout éclairage extérieur doit être pourvu d’une coiffe empêchant la diffusion du flux lumineux vers le ciel et que l’intensité lumineuse doit être réduite de 30 % après minuit.

Par ailleurs, les bâtiments publics doivent être éclairés non pas du sol, mais depuis le haut des édifices. Si cela n’est pas possible, leur sommet doit rester dans l’ombre afin de pallier tout risque de débordement sur la voûte céleste.

Ainsi, depuis le 1er juin, tout dispositif d’éclairage extérieur vendu doit faire mention de l’absence de pollution lumineuse. Quant aux anciens éclairages déjà en place, ils seront remplacés progressivement à mesure de leur vieillissement.

Même si la République Tchèque est le tout premier état à faire appliquer une telle loi, la Lombardie et le Lazio (deux régions d’Italie) devraient emboîter le pas en votant des lois similaires. En fait, ces deux régions étaient pionnière en la matière, mais la présence d’un astronome, Stanislav Fischer, dans le parlement tchèque a grandement accéléré les choses.

Maintenant, l’IDA, forte de cette première victoire, essaye de faire classer le ciel nocturne en tant que patrimoine de l’humanité auprès de l’UNESCO. Dans ce but, elle a rédigé une pétition qu’elle transmettra à l’UNESCO. La France s’illustrera-t-elle à son tour dans ce noble combat ?

 

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Le ciel appartient à tout le monde. C’est ce que pensent les membres de l’IDA qui essayent de protéger le ciel nocturne afin que tout un chacun, citadin ou rural, puisse en admirer les beautés. Première victoire d’importance : la République Tchèque vient de faire appliquer une loi réglementant l’éclairage extérieur.
Crédit : C. Mayhew & R. Simmon (NASA/GSFC), NOAA/ NGDC, DMSP Digital Archive

 

Même en montagne, les astronomes sont parfois gênés par la présence de sources importantes de pollution lumineuse. Ici, depuis Gréolière les Neiges (dans les Alpes Maritimes, France), les lumières de Turin (grande ville industrielle du nord-ouest de l’Italie), bien que située à plus de 150 km, éclairent de lointains cirrus visibles à l’horizon, dans la partie droite de l’image. C’est dire que le problème de pollution lumineuse dépasse les frontières entre états.
Crédit : Laurent Laveder.

 

Cette photo est prise du même endroit que la photo précédente. Cette fois-ci, l’appareil photo est tourné plein sud, en direction de ce qu’il reste de la Voie Lactée, perdue dans les lueurs des villes de la Côtes d’Azur (Nice, Antibes, Cannes, pour ne citer que les plus grandes). Là encore, on s’aperçoit que même en des lieux privilégiés pour l’observation (ici, une montagne à 1000 m d’altitude), la pollution lumineuse peut être un lourd handicap.
Crédit : Laurent Laveder.

 

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